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Encore des Nouilles

par PA Gillet 3 Octobre 2017, 14:44 L'actu qui tue

Extrait de "Encore des Nouilles", chroniques culinaires de Pierre Desproges croquées par Cabu, Charb, Luz, Riss, Tignous, Wolinksi et Catherine ressorties aux éditions Points. Bref, un livre indispensable à acheter sans plus tarder mais seulement après la fin de la lecture de cet article et de son partage mais pas avant.

Encore des Nouilles

L'Amour à table

 

"À propos de l'amour à table, il me revient en mémoire une historiette salace et mal venue que je brûle de vous narrer, malgré le risque que je prends de voir Madame Vallat (de Millau) et Monsieur Jean-Paul II (de Rome) exiger le renouvellement de mon excommunication qu'ils avaient si gentiment suspendue à la suite des excuses hypocrites que je leur avais présentées ici même au printemps, en pleine montée de sève.

 

Tant pis, je brûle. Que ma lectrice et mon pape préférés s'abstiennent d'aller plus loin. Qu'ils lisent plutôt l'excellent éditorial de Ferniot. Exceptionnellement, il ne traite pas de sexe.

 

C'est l'histoire, morne à pleurer mais tant mieux, c'est l'automne, d'un couple uni en voie d'effritement. Elle l'aime. Il l'aime. Mais voilà tantôt vingt ans que ça dure. Il a laissé sa flamme érotique s'éteindre au souffle froid des habitudes. Elle, non. C'est une chaleureuse. Le jour où elle s'ouvrit le crâne en tombant de cheval fut le seul où elle lui dit "Non chéri, pas ce soir, j'ai la migraine." Lui, en revanche, souffre désormais quotidiennement de céphalées de la pleine lune, et les refus qu'il oppose à ses avances la laissent inassouvie, le rouge au front et le feu aux joues.

 

De chasteté lasse, après s'être en vain acharnée à lui requinquer la libido à l'aide d'inestimables aphrodisiaques péruviens qu'elle lui servait en dessous diaboliques rouges et noirs - infraction pénible à son look dim, dim, dim - elle se résout à aller consulter, à l'insu du bel indifférent, un de ces sodomiseurs de mouches patentés qui s'enrichissent entre Freud et le Kama-soutra sur le dos des mal-baisants, et que les sexopathes appellent sexologues. Abusivement : les poilopathes appellent-ils leur esthéticienne poilologue ?

 

Votre problème est simple, madame, dit cet homme de l'art sub-ceintural. Votre mari souffre d'une poussée d'asthénie érectophobique flasque due à une non-sollicitation chronique de ses pulsions lubrico-conjugales. Les porte-jarretelles et la Quintonine n'y viendront pas à bout. Il faut un traitement de choc. Je suggère, dans un premier temps, que vous le provoquiez sexuellement en un lieu autre que le lit conjugal et à une heure totalement inhabituelle, afin de susciter en lui le désir venu de l'interdit qui pourrait s'avérer salvateur. Par exemple, au milieu du déjeuner, brusquement, entre le steak et la salade, vous virez la nappe, et hop, sur la table ; enfin bon, je n'ai pas besoin de vous faire un dessin. Faites ainsi et revenez me voir dans une semaine, c'est 300 francs.

 

Huit jours plus tard, la dame retourne chez le docteur Azizi (car c'était lui) que le teint éclatant et l'œil pétillant de sa patiente réjouissent d'emblée.

 

- Je vois que mes conseils ont porté leurs fruits.

 

- Oh oui, docteur, oh oui, oh oui, ça a marché. Six jours de suite. À midi, je vire la nappe, hop sur la table...

 

- Six jours de suite ?

 

- Oui, oui, aujourd'hui encore...

 

- Alors, heureuse ?

 

- Oh oui, docteur ! Malheureusement, ça fera encore un restaurant où nous ne pourrons plus mettre les pieds.

 

La moralité de cette histoire, dont le choc anglais n'échappera pas aux habitués de la pesée d'Ascot, nous enseigne qu'on ne doit pas mettre ses coudes sur la table.

Encore des Nouilles
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