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Ici, c'est le Parc.

 

... Choisir une bonne paire de chaussettes, parfois deux quand il fait froid, caler son tee-shirt profondément dans le pantalon pour éviter les courants d'air, mettre son blouson comme on s'harnache d'une armure, enrouler son écharpe, oriflamme de tant d'années de joie autour de son cou, jeter un œil dans la rue pour voir s'il ne pleut pas, ouvrir puis fermer la porte, commencer à chantonner en rythme à chaque marche d'escalier, sortir, sentir l'atmosphère, prendre une rue puis la deuxième puis une troisième pour déboucher dans la rue des Tilleuls, sentir au loin dans le ciel qu'un orage sec se trame, avancer en cadence en chantant. 

Ici, c'est le Parc.

Entrapercevoir un premier aileron de béton qui se détache dans le ciel, sentir l'émotion monter au fur et à mesure qu'on est rejoint par un, deux, dix, vingt, cent humains comme toi, de la même couleur quelle que soit celle de leur peau, passer un premier barrage grâce au sésame puis un second avec palpation de rigueur, s'approcher du Graal, de ce bateau retourné qui t'a tant fait chavirer dans le passé, entrer dans la ronde, entrer dans la danse, entrer dans l'arène, monter les marches deux à deux pour l'échauffement musculaire, sentir cette énergie collective te happer, attendre devant la porte que ton tour arrive, montrer ton billet, monter ces dix dernières marches, prendre la lumière de plein fouet, sentir l'atmosphère entrer en toi, trouver ta place, ta place à toi, celle où tant de fois tu as vu l'impossible devenir réalité, partager de la voix les chants venant de gauche ou de droite, te réchauffer les mains en prévision de l'entrée des joueurs, applaudir à tout rompre dès leur apparition, comme si chaque frappe était une dose de talent, de courage et d'abnégation en plus que tu leur envoies, scander le nom de chaque joueur avec le speaker, taper dans la main de ton frère dans un grognement rageur et attendre que le son strident d'un sifflet libère tout un peuple avant de laisser faire l'histoire.

Ici, c'est le Parc.

Tout ceci, c'est tout ce que je ne ferai malheureusement pas ce soir, tout ceci, ce sont les petits détails que te semblent faire la différence quand tu voues un culte grégaire à ton équipe, aussi idiot que de prier après un énième massacre mais aussi nécéssaire pour espérer, respirer, transpirer, t'agglomérer en une seule et même entité avec tous ceux autour de toi dans les tribunes et sur le terrain. Tout ceci, je ne le vivrai pas ce soir, seulement par procuration derrière un petit écran mais quel que soit le résultat, ce ne sera ni la fin du monde, ni même le début d'un nouveau, juste un de ces moments qui resteront gravés, un de ces moments qui font que ce doux paradoxe qu'est la vie mérite d'être pleinement apprécié.

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