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C'est jeudi, c'est poésie

 

Je me suis assis dans le lit au milieu de la nuit et t'écoute

ronfler

je t'ai rencontrée à la gare routière

et maintenant je m'émerveille devant ton dos

d'un blanc maladif et couvert de taches

de rousseur de l'enfance

tandis que la lampe dépouille l'insoluble

tristesse du monde

sur ton sommeil.

 

Je ne vois pas tes pieds

mais je devine qu'il n'existe pas

de pieds plus charmants.

 

à qui appartiens-tu ?

es-tu réelle ?

je pense à des fleurs, des animaux, des oiseaux

ils semblent tous si bons

et si manifestement

réels.

 

C'est jeudi, c'est poésie

tu ne peux pourtant pas t'empêcher d'être une

femme. Nous sommes tous choisis pour être

quelque chose. l'araignée, le cuisinier.

l'éléphant. C'est comme si chacun de nous était

une peinture accrochée sur le

mur d'une galerie.

 

- et voilà que la peinture se retourne

sur le dos, et au-dessus du coude plié

je peux voir une 1/2 bouche, un œil et

presque un nez.

le reste de toi est caché

à la vue

mais je sais que tu es une

œuvre contemporaine, d'une modernité

vivante

peut-être pas immortelle

mais nous avons

aimé.

 

s'il te plaît continue à

ronfler.

 

"Femme endormie" par Charles Bukowski in "Les jours s'en vont comme des chevaux sauvages sur la colline", édition du Rocher.

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