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C'est Jeudi, c'est Poésie

 

Belle,

pareil à l'eau qui sur la pierre fraîche

de la source

ouvre son grand éclair d'écume,

est ton sourire,

belle.

 

Belle,

aux fines mains, aux pieds déliés

comme un petit cheval d'argent,

fleurs du monde, marchant,

je te vois, moi,

belle.

 

Belle,

avec un nid de cuivre enchevêtré

dans la tête, un nid

d'une brune couleur de miel

où mon cœur brûle et se repose,

belle.

 

Belle,

aux yeux trop grands pour ton visage,

aux yeux trop grands pour la planète.

Il y a des pays, des fleuves

dans tes yeux,

ma patrie se tient dans tes yeux,

je vagabonde à travers eux,

ils donnent sa clarté au monde

partout où s'avancent mes pas,

belle.

C'est Jeudi, c'est Poésie

Belle,

tes seins sont pareils à deux pains

- terre froment et lune d'or -,

belle.

 

Belle,

ta taille

mon bras l'a faite comme un fleuve

mille années parcourant la douceur de ta chair,

belle.

 

Belle,

rien n'a le charme de tes hanches,

la terre en quelque lieu caché

a peut-être, elle,

la courbe de ton corps et son parfum,

en quelque lieu peut-être,

belle.

 

Belle, ma belle,

ta voix, ta peau, tes ongles,

belle, ma belle,

ton être, ta clarté, ton ombre,

belle,

tout cela est mien, belle,

tout cela, mienne, m'appartient,

lorsque tu marches ou tu te reposes,

lorsque tu chantes ou que tu dors,

lorsque tu souffres ou que tu rêves,

toujours,

lorsque tu es proche ou lointaine,

toujours,

ma belle, tu es mienne,

toujours.

 

Pablo Neruda in Vingt poèmes d'amour et une chanson désespérée, Poésie Gallimard.

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