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Take me Down

par Pagman 17 Mai 2009, 20:37 Les Disques d'Or de moi


... Des John Campbell, il y en a un paquet à l'Ouest du Pécos. John Campbell, c'est un peu comme les Bernard Martin en France. Un nom très commun, ce qui n'empêche pas qu'il y ait des John Campbell ou des Bernard Martin sympathiques. J'ai moi-même connu un spécimen de Bernard Martin, moustachu de surcroît et fort agréable par ailleurs.

Ca fait un certain temps que je veux parler de John Campbell sur ce blog mais il fallait du temps pour brosser avec soin le portrait de ce grand bluesman. Car pour faire plus Blues que John Campbell, je vous préviens, il faut se lever tôt. Le Blues, celui qui est down to the bone, celui qui vient du tréfond des coups que vous avez pris dans la gueule toute la vie, le blues des déchirures, des coups-bas, des histoires qui finissent toujours mal pas qu'en général, le blues dans son expression la plus pure, ce long cri plaintif né dans les cannes à sucre, cet exutoire reposant sur un rythme ternaire syncopé dont on ne marque que le premier et le troisième temps, ce blues là, vécu, ressenti, subi, John Campbell en est un des rois.

John Campbell, d'abord, c'est une gueule qu'on n'oublie pas. Une vraie gueule de blues, fait de bleus, de bosses et de brûlures. Et là, le John, il s'y connait. À 16 ans, il est fan de motos, d'auto, de tout ce qui fait vroum vroum et iiiii aussi et participe à des courses de dragsters. Lors de l'une d'elle, il est à deux doigts de perdre la vie dans un accident. Et pour un guitariste, deux doigts, c'est important. Déclaré cliniquement mort, il revient en disant avoir vu la lumière mais aussi avec des côtes brisées, un poumon en vrille, un œil aveugle et juste 5000 points de suture pour lui reconstruire le visage. Ca fait bluesman, les 5000 points. En dessous, non.




Pendant toute sa convalescence, il réapprend à jouer en reprenant Lightnin' Hopkins, Muddy Waters et John Lee Hooker. À nouveau sur pied, il part avec l'accord de ses parents se frotter au monde. Le monde pour un jeune bluesman de 17 ans ressemblant à Terminator et Eraserhead réunis, étant en Louisiane, à La Nouvelle-Orleans. Musicien itinérant, il apprend le métier dans la rue, dans les clubs et aux coins des stations-services paraît-il, mais ne me demandez pas pourquoi.

Il est comme ça, John, il ne fait pas les choses à moitié. Il commence la Steel guitar avec sa grand-mère à 3 ans en Louisiane, dès ses 13 ans, il fait les premières parties de grands noms du Blues comme Son Seals et Albert Collins à Bâton Rouge et à 17, il joue de la guitare près des stations-services. Y'a plus con.

À 19 ans, il crée le groupe Junction avec deux potes (bon d'accord, Tim Delaney et Skip Bohrer) et part jouer avec eux dans tout le sud du Texas. Il se marie avec Jerry Sue dont il divorcera assez logiquement deux ans plus tard vu qu'il n'était jamais là, toujours à traîner à faire du blues, je vous en foutrai moi, du blues, du mauvais alcool et des femmes lascives. Il continue son chemin, joue dans plusieurs groupes mais sans trouver le succès.
Il apprend la mort de son père à 41 ans, d'un arrêt cardiaque dans son sommeil. Depuis son accident de dragster, le coma et son passage vers la lumière, John Campbell n'a qu'une crainte, celle de mourir en dormant. Une psychose qui le poussait à ne dormir que deux ou trois heures par jour.

De 75 à 84, il tourne, participe à des sessions, enregistre un album, Street Suite, qui passe inaperçu. Il est reconnu par le milieu du blues mais n'arrive pas à percer. Ah oui, en 83, il se marie avec Jan Montgomery. Dont il divorcera deux ans plus tard. Le route, l'alcool, le blues etc... Il retourne à La Nouvelle-Orléans pour jouer chez Texaco.




En 1985, il décide de partir pour New York parce que l'essence, ça pue à la longue et car il a une opportunité de faire les premières parties de certains des plus grands noms du blues et ça ne se refuse pas. En 1986, il participe au Mississippi Delta Blues Festival où il commence à se faire connaître du public. Même s'il est adoubé par la profession, il continue de ramer, jouant le vendredi et le samedi dans un restaurant vietnamien, le Moonsoon, en échange d'une maigre pitance. En l'occurrence, un bobun avec nems le plus souvent accompagné de pas mal de whisky et d'un bon paquet de drogues, comme il ne devait pas être compliqué de s'en procurer dans le milieu musical New-Yorkais de cette époque.

Datant de 1986, cette vidéo de Crossroad Blues montre que le gars n'est pas manchot car, comme vous l'aurez remarqué, il tient sa guitare avec deux mains, une gauche et une droite. Et pour ceux que ça intéresse, la dite guitare est une National de 1934 qui appartint à feu Lightnin' Hopkins et que Campbell racheta peu après la mort de celui-ci (au magasin Rockin' Robins, à Houston, soyons précis).



Et comme je vois qu'il y a des amateurs dans la salle, je vous rajoute cet excellent Louisiana Blues, tiré de la même époque, de la même émission et des deux mêmes mains, à gauche et à droite.




Un soir où il joue en 1ère partie de John Littlejohn, il est remarqué par le guitariste Ronnie Earl, impressionné par sa voix et son habilité à la guitare. Peu de temps après, Ronnie Earl lui offre de produire son 1er album. ‘‘A man and his blues’’ paraît au printemps de 1988. Un succès d'estime, sans plus.

En 1989, les choses semblent s'améliorer. Il joue pour la première fois en Europe, en Belgique et en Allemagne, et au Benson & Hedges Blues Festival à New York, Atlanta et Chicago. En 90 et 91, il enchaîne les festivals et sort son deuxième album, One Believer. Le succès commence à pointer son nez mais pas encore de quoi se payer une villa sur Malibu. Ah oui, il se marie avec Dolly Fox.

La vidéo ci-dessous est de 91, au Blind Willie's d'Atlanta où j'aurai bien aimé boire une mousse même si je n'aime pas la bière.



En 1992, c'est la fête. John Campbell est demandé partout, il part vers l'Europe pour des concerts solos.

Sa mère meurt d'un cancer, il revient aux USA.

Il repart faire tous les festivals d'été en Angleterre, France, Danemark, Allemagne et Autriche.

Le 23 Décembre 1992, sa fille Paris naît.

En 1993, il enregistre son troisième disque, Howlin Mercy, un album lourd, noir, puissant, salué par la critique, la foule en délire, tout le monde. Tiny Coffin, ci-dessous, est un des titres de l'album.




Il repart en tournée. Il ne se remarie pas pour une fois. En Juin, il se met au travail sur son nouvel album et le 13, il meurt d'un arrêt cardiaque, dans son sommeil. À 41 ans. Fini. Basta. Si c'est pas du blues, ça, je ne sais pas ce que c'est.

 


Une petite leçon de Blues par John Campbell pour mon brother. Je ne parle pas de leçon capillaire, attention, que les choses soient claires.




 Allez, une petite dernière où le gars nous montre ce qu'il sait faire en bottleneck, soit, en résumant, avec un gros doigt en acier qu'on fait glisser sur les cordes pour les non-initiés.





Et des fois que vous vouliez en voir plus, voici un petit lien pour les vidéos de John Campbell sur Youtube et il y en a quelques unes d'excellentes : 
link

        

commentaires

den 18/05/2009 11:25

et dire que je ne connaissais pas Campbell !
je vais m'offrir ses albums vite vite
merci PA

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