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Indien vaut mieux que deux tu l'auras.

par PA Gillet 28 Septembre 2010, 09:04 À part ça



"Nous savons que l'homme blanc ne comprend pas nos moeurs. Une parcelle de Terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la Terre ce dont il a besoin. 

La Terre n'est pas sa soeur, mais son ennemi et lorsqu'il la conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux et cela ne le tracasse pas. Il enlève la Terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l'oubli. Il traite sa mère la Terre et son frère le Ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la Terre et ne laissera derrière lui qu'un désert. 

Je ne sais pas. Nos moeurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l'homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas. 

Il n'y a pas d'endroit possible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprend pas. 

Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprend pas. 

L'Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang et l'odeur du vent lui-même, laver par la pluie de midi ou parfumé par le pin pignon. L'air est précieux à l'homme rouge car toutes choses partagent le même souffle, la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. 

L'homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. 

Mais si nous vous vendons notre Terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre Terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit ou l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés. Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la Terre ? L'idée nous paraît étrange. 

Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ? Chaque parcelle de cette Terre est sacrée pour mon Peuple. Chaque aiguille de pin luisant, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l'expérience de mon Peuple. La sève qui coule des arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge. Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance losqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette Terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. 

Nous sommes une partie de la Terre , et elle fait partie de nous. 

Les fleurs parfumées sont nos soeurs, le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme-tous appartiennent à la même famille. Aussi lorsque le grand chef de Washington envoie dire qu'il veut acheter notre Terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le grand chef envoie dire qu'il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. 

Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre Terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette Terre est Sacrée. 

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas seulement de l'eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la Terre , vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l'eau clair des lacs parle d'évènements et de souvenirs de la vie de mon Peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père. Les rivières sont nos soeurs, elles étanchent notre soif. 

Les rivières portent nos canoés et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre Terre, vous devez désormais vous rappeler, et l'enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos soeurs et les vôtres. Et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour une soeur. 

Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre Terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette Terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d'autre façon de vivre. J'ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l'homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut-être plus important que le bison que nous tuons que pour subsister. 

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes ? Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude d'esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes les choses se tiennent. Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la Terre , dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre races. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux notres, que la Terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la Terre arrive aux fils de la Terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-même. Nous savons au moins ceci : la Terre n'appartient pas à l'homme, l'homme appartient à la Terre. Cela, nous le savons. 

Toutes choses se tiennent comme le sang unit une famille. Toutes choses se tiennent. 

Tout ce qui arrive à la Terre, arrive aux fils de la Terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la terre, il le fait à lui-même. Même l'homme blanc dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut-être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour, c'est que notre Dieu est le même Dieu. 

Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre Terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette Terre lui est précieuse et nuire à la Terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les blancs aussi disparaîtront, peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. 

Contaminez votre lit et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus. Mais en mourant, vous brillerez avec éclat, ardents de la force de Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette Terre et qui pour quelque dessein particulier vous à fait dominer cette Terre et l'homme rouge.

Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent. 

Où est le hallier ? Disparu. Où est l'aigle ? Disparu. 


 

 

 

 

Ce texte sublime, visionnaire, funeste a été prononcé par le chef indien Seattle de la tribu des Suquamish devant l'Assemblée des tribus d'Amérique du Nord en 1854. C'était sa réponse au Président de l'époque, Stephen Grover Cleveland (né le 18 mars 1837 à Caldwell, New Jersey pour les pinailleurs) 22e et 24e Président des Etats-Unis qui lui proposait d'abandonner gentiment sa terre aux blancs avec en échange une magnifique réserve 3 étoiles, douches extérieures, water-polo et cocktails à gagner autour de la piscine à 18h pour le peuple indien et lui-même.


Chef-Seattle-copie-1.jpeg

 

Le Chef Seattle (ou Sealth ou encore Seathl, c'est comme voul'voul') mourra quand même dans la réserve Suquamish de Port Madison, Washington le 7 juin 1866. Comme quoi une belle plume, même d'aigle royal, ne fait pas tout. La ville de Seattle a été baptisée ainsi en son hommage alors que Chicago, non. 

 

commentaires

Ghost Writer 07/10/2010 19:07



Ouais. Et maintenant on en est où ? Au style sms. Qui est le sauvage, on se le demande...


Merci en tout cas pour ce très beau texte, un peu de sens dans un monde qui a perdu le sien. Comme quoi les indiens n'ont pas toujours été condamnés à se trémousser en compagnie d'un flic, d'un
ouvrier et d'un rockeur sado-maso. Mais qu'avons-nous fait de bison futé ?



PA Gillet 08/10/2010 13:05



SMS, petits nuages, hugh, même combat.



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