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Une rencontre

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Les mouches tournaient autour de lui, 

c’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

Face à mon confort du deuxième étage, 

il s’est hissé hors de sa chaise et s’est laissé glisser par terre,

peut-être

pour pisser mais il n’y est pas

arrivé.

Alors il s’est adossé à

la maison d’en face, mi-couché,

à même le sol.

Sous le gros blouson molletonné

d’hiver couleur crasse, olive et chiasse,

il n’avait rien.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

Après vagues divagations,

il a voulu se relever, une clope

mâchouillée entre les lèvres.

Un moignon de pied droit amputé

à moitié à l’air libre, le second tout aussi coupé encore

dans un bandage n’aidaient pas trop

à sa mobilité.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

J’ai descendu nos deux étages de

séparation, traversé

la rue, me suis penché vers lui,

proposé de l’aide,

il m’aperçoit dans son brouillard et grommelle

un baratin de riens.

Teint buriné de l’habitué

de la cuite au soleil,

tignasse échevelée,

moins de poivre que de sel.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

Je suis allé chez Ben au coin, toujours ouvert

acheté un gros paquet de madeleines

de l’eau, revenu vers lui,

proposé,

il n’a pas

accepté mais il n’a pas

refusé

et avec l’aide des mouches, je l’ai aidé à se remettre

en selle

en mettant les mains dans sa merde

dans son fauteuil plein de merde,

dans son blouson plein de merde

dans la vie la plus merdique qu'on puisse imaginer.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

Les gens passaient devant lui pour aller au parc, un temps idéal.

J’ai appelé le 18

situation,

description,

adresse enregistrée,

ils m’ont dit qu’ils le connaissaient,

un habitué.

J’ai insisté.

J’ai attendu avec lui, ses lubies et ses mouches domestiques.

Ils sont arrivés, l’ont salué,

4 appels depuis ce matin,

se sont enquis de sa 

santé et m’ont dit qu’on ne le prenait plus à l’hôpital

qu’il crachait sur tout le monde,

qu’il n’y avait pas de solution pour l’aider.

Et ils sont repartis.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

J’ai fouillé mes poches, donné les 20 euros que j’avais

demandé si je pouvais l’aider.

Refus grommelé poli.

Et j’ai traversé la rue et monté nos deux étages de séparation.

Il est resté à

comater

sous des pleurs qu’il ne voyait pas,

puis s’est éloigné

laissant madeleines et litre d’eau.

C’était tout à l’heure, c’était cet après-midi.

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Une rencontre

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Commenter cet article

Jules 18/06/2019 12:28

My only friend

Francesca 18/06/2019 11:07

Terrible impuissance devant tant de misère physique et morale...